Dimanche 6 avril 2008

Un héros

 

Une alerte. Mes yeux s’ouvrent sans tarder. La lumière envahit mon espace visuel, mon cerveau se met en marche, lentement, mes reflexes me guident. Un après l’autre, mes gestes suivent le rituel habituel. La tension monte, le stress, mes sens se mettent en branle. L’odeur de la combinaison qui m’entoure, ca y’est, on y est …

 

 

C’est fait, j’ai encore réussi. J’aime ce moment, l’exaltation d’une vie sauvé. Les flashes m’insupportent. Ces journalistes m’obsèdent. La famille pleure de joie. Une fois de plus, je suis leur héros. Demain, le journal parlera d’un nouvel exploit. Ils m’aiment. Je n’y peux rien, je ne fais que mon devoir. Que seraient-ils sans moi. Je suis l’avatar de leur espérance. Au fond de chaque prière, ils espèrent que je serais la, avant la fin. L’enfant dans mes bras s’agite.

Je ne peux sauver les morts, donc je le confie aux médecins. Ils me sourient, eux aussi. Je ne fais que mon devoir, tout comme eux. Il est temps de rentrer, les journalistes se font pressants. Rah, ce qu’ils m’énervent !

 

Je monte dans mon véhicule. Et pars.

 

Seul sur mon lit, je médite. Pourquoi moi ? Suis-je dévoué à tout cela ? On dit que chaque homme accomplit son devoir, quel qu’il soit, et ce jusqu'à que le devoir en appel un autre. Ha, conneries. Ce que je fais, qui d’autre le ferait ? Et je deviens méchamment mégalo. Les journaux, toutes ces inepties. Comme si ma simple présence rendait l’acte héroïque.

 

Encore une alerte. Les gens le font il exprès ? Enfin … le devoir.

 

Les lueurs de l’aube me réveillent ce matin … ça change.  Le vent sur mon visage, les lueurs du soleil levant m’éblouisse. Je me réjouis. Certains diraient qu’il m’en faut peu. J’ai vu tant de gens qui ne verront plus jamais la lumière du jour, que en profiter a chaque instant me semble important. Les règles du jeu sont mal faite. Heureusement que je suis un tricheur Haha. Mais  certains on de très mauvais jets de dès. Et pour eux, j’ai pas envie de rire. Chacun se sent vivant comme il peut.

 

Un fracas sourd retentit dans l’espace de ma simple cuisine. Mes céréales croustillent sous mes dents. J’ai un sourire niais d’enfant de huit ans qui découvre une surprise dans cette même boite de céréale. J’aime les plaisirs simples, et j’adore ces céréales. Suis-je coupable d’humanité ? Je ne m’en défendrais pas. Haha. La mégalo, encore.

 

Une alerte. En pleine douche. Ca m’aurait étonné aussi. La gloire contre la tranquillité. Ca peut paraître alléchant, mais finalement, c’est presque une mauvaise affaire. Mais les vies sauvées font pencher la balance. Et largement.

Le temps de m’essuyé a peu prés. Je cours. Le temps joue toujours contre moi. Je peux être aussi rapide que le vent, mais jamais plus rapide que la mort. Elle a toujours un coup d’avance. Et des fois, la partie est même déjà finie sans moi. Pas de temps à perdre. Mon cerveau bouillonne, le duel commence. Je perds rarement, si je n’ai pas trop de coup de retard.

 

Les rues défilent, le temps aussi, la mort joue à champs libre.

 

Les secondes s’écoule, le stress monte.

 

J’arrive, l’enfer devant mes yeux. Mon cerveau se met sur off. Mes sens prennent le relais. Mes muscles jouent sous le cuir, la sueur s’écoule. Une jeune fille coincée, blessée. Le temps est encore contre moi. Tout se brouille. Pourquoi tout se complique ?

Je sens son cœur qui bat. Allez, tiens bon ! Et toi aussi, ptit père, remue toi. Je la sens, s’t’enflure, elle est la, elle guette. Un effort de plus. Le vent, la sortie est proche.

Mon univers s’arrête. Allez, respire ! Pourquoi s’arrête-t-elle de respirer ! J’entends les ricanements d’un adversaire qui a réussi son coup fourré. J’vais pas me laisser faire.

 

Je suis mauvais joueur. Je n’aime pas perdre. Alors, il m’a suffit de gagner.

 

Les médecins, les flashes, la famille, encore … et … les rapiats. Allez, on déguerpit. On rejouera une autre manche plus tard mon vieux, je te sens énervé. La mort est peut être la première a frappé, mais j’aime avoir le dernier mot. Combien de temps que je fais cela ? Je ne pourrais même pas le compter. Combien de temps encore ? Je ne préfère même pas l’imaginer. Un manège sans fin, une valse avec le temps, un tango avec la mort, au son d’un orchestre infatigable. Pourquoi moi ? Suis-je le seul à entendre les cuivres, le rythme lent et inépuisable des percussions, qui ponctue la vie de chacun. Je crois que oui.

 

A peine j’ai pu rentrer, déjà une nouvelle alarme. La putain était vraiment rageuse. Pas le temps reprendre des forces, je dois jouer de nouveau. J’ai un mauvais pressentiment. Et ça n’augure rien de bon. Ni pour moi, ni pour eux.

 

Les rues défilent, le temps aussi, la mort joue à champs libre.

 

Je ne crois pas en Dieu. Pourtant «  Bordel de putain de bon dieu »  m’a semblé être la bonne expression pour décrire le spectacle sous mes yeux. La haine suinte de chaque flamme. La peur transpire dans le regarde de chaque spectateur. Un homme est coincé, dans la bouche de l’enfer.

 

La partie est serrée. Nos pièces s’entrechoquent dans le grand fracas de la vie. Il joue bien. Il a de nombreux coup d’avance. La sortie est proche, tiens bon mon gars, j’te sors de la. Une poutre. Echec.  Je brise la fenêtre. Je fais sortir l’homme. Une autre poutre devant la fenêtre. Echec. Un grondement sourd, le toit s’effondre. Echec et Mat.

 

Ma vie de pompier valait bien celles que j’ai sauvé.

par Orosius publié dans : nouvelles communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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